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Cet
te rubrique est destinée à recueillir vos souvenirs historiques, pittoresques, comiques ou émouvants, liés de près ou de loin, à l'histoire du groupe. N'hésitez pas à nous les faire parvenir avec des photos si vous en avez, nous les publierons.
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Nous avions précédé l'évènement en créant cette rubrique "NOTRE HISTOIRE"!
TOTAL, de son côté, a suivi la même démarche et propose désormais un  site destiné à recueillir les souvenirs pittoresques, amusants ou éducatifs des anciens. Vous pouvez le consulter ou le renseigner personnellement en fonction des informations ci-après.



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RAFFINERIE D'AMBES ...
                   souvenirs et nostalgie d'une époque
La mort de la maison

Qui peut s’imaginer la mort de sa maison ? Lorsque tout s’écroule, il ne reste que le chagrin pour certains et le désespoir pour d’autres.
Cette maison, « notre maison » pour nous les anciens de la raffinerie ELF d’Ambès, c’est la raffinerie», notre raffinerie devrais-je dire » car pour tous ceux qui ont fait leur carrière en ce lieu, il était devenu au fil des ans leur « chez-eux ». En effet, pour la vie en usine il en est ainsi, que ce soit pour les équipes en service de 3/8, celles des ateliers et celles des bureaux. Ceci a pu se révéler au fil des temps. Il existe en effet des liens de camaraderie, d’amitié, d’entraide même si tout n’est pas toujours rose pour les contacts entre les uns et des autres.
Personnellement j’en ai fait le constat car mes divers emplois m’ont amené à parcourir bien des parties de l’usine.
Cette mort annoncée pour le 31 décembre 1987 fut précédée d’une période plus que délicate, car dans toutes les fermetures d’usines, les larmes ne peuvent se retenir à l’annonce des décisions de mutations, de mises à la retraite ou de licenciements éventuels.
Parmi les souvenirs de cette fin, les plus pénibles furent tout d’abord le départ des amis puis en ce qui me concerne les démolitions des unités de raffinage ; le tooping, le platforming, le cracking mais surtout la chute de la cheminée du craking qui est intervenue en dernier. Ce fut pour moi le clou de toute cette débandade.

 





Voir cette masse haute de plus de 50 m. s’abattre d’un seul morceau et se fracasser au sol où il ne restait déjà plus rien, sentir le souffle d’air dû à cette chute puis le silence qui suivi… ; un long silence… amenant beaucoup d’émotions, cela marquait bien la fin.
Beaucoup étaient déjà partis pour leur nouvelle affectation et ne vécurent pas ces derniers moments. Je les enviais sur le moment de ne pas voir cela, mais d’un autre côté j’avais beaucoup de peine, car ils ont été obligés malgré eux de regarder ailleurs et de recommencer une vie en d’autres lieux avec tout que cela comporte..
Lorsque ce jour du 31 décembre 1987 j’ai quitté ces lieux et pris la direction de mon domicile, j’ai pleuré, oui je n’ai pas honte de le dire, j’ai pleuré ! Et cela s’est passé …il y a eu 28 ans le 31 décembre 2015.
                                                                            Claude Gillet
                                                                             
Entré à la raffinerie le 15 mars 1954 et parti le…31 décembre 1987.

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"LACQ" EN HAUTE MARNE ... Ou découverte d'un pétrole très raffiné

Il existait à l'époque, sur la RN4, dans la traversée de Saint-Dizier (Haute Marne), une de ces sympathiques stations de ville avec piste sur trottoir.
Le couple de gérants libres, M. et Mme S. faisait l'unanimité, tant au service de sa belle clientèle, dont quelques notables, que par la relation avec le personnel itinérant de la Direction Régionale de Reims ex Champenoise des Carburants.
Toujours premiers dans les divers concours, l'accueil était toujours empreint d'amicale jovialité lors de ces haltes presque obligées pour les saluer.
Climat de telle confiance réciproque que, le Directeur Régional de cette époque, avait même confié son numéro de téléphone personnel à toutes fins utiles.
Et l'utilité s'est présentée le 15 août 1976, année de sécheresse s'il en est, avec une incidence sur la nappe phréatique. Nous en verrons plus loin les conséquences.

Donc, ce 15 août, en l'absence des gérants, qui confiaient toujours leurs clés à leur Expert-comptable et ami, pour que celui-ci maintienne la station ouverte en ces jours de gros trafic, appel de ce dernier au Directeur Régional pour lui dire qu'en raison d'une forte odeur d'essence dans la cave, sous la boutique, il avait coupé le courant et arrêté la distribution par mesure de sécurité.
Drame. Fermer la distribution, un 15 août, sur la RN 4, seule route à l'époque pour Nancy et Strasbourg avec bifurcation vers Chaumont et Langres, c'était même inimaginable. Il y avait des sanctions dans l'air !

Retombée immédiate le lendemain sur le Service Technique, alerte au Siège et départ en trombe explosimètre en bandoulière. Exploitation de la station toujours arrêtée.
Les premiers contrôles n'ont pas révélé de danger d'explosion malgré la forte odeur d'essence. Il a donc été décidé, en liaison avec le Service de Sécurité du Siège, de remettre provisoirement, l'installation en service après avoir soigneusement calfeutré, dans la boutique, la trappe d'accès à la cave.

Et c'est là qu'a commencé une belle enquête, en liaison avec L. responsable National Sécurité - sur place dès le lendemain - le Service Juridique et les Administrations concernées.
Le Grand Chef L. a préconisé bien sûr la réepreuve de toutes les tuyauteries et réservoirs par crainte d'une nouvelle fuite d'essence.
Le voisin, mitoyen de la station, avait lui, comme dans la cave de la station, un puits dont il se servait pour rincer des bouteilles avant de soutirer du vin.
Et, quelques années auparavant, l'arrivée d'essence à la surface de son puits, l'avait empêché de nettoyer ses bouteilles !
Il avait alors alerté le gérant, au titre de bonnes relations de voisinage. Des recherches ont été entreprises et – on ne prête qu'aux riches – l'incident a été mis sur le compte d'une fuite, découverte sur l'alimentation du mélangeur 2 Temps, jouxtant la propriété voisine. Ce sont des choses qui arrivent.

Après réparation de la tuyauterie et nettoyage du puits du voisin, la vie avait repris son cours.
Avec cette nouvelle alerte, essence cette fois à la surface du puits dans la cave de la station – le voisin avait rebouché son puits depuis longtemps avec du béton.
Allez savoir pourquoi ?

La réepreuve des installations, préconisée par L., station fermée à la distribution, n'a révélé cette fois aucune anomalie.
Il a donc été décidé de remettre les installations en service, avec contrôle journalier à l'explosimètre de l'atmosphère de la cave, avant ouverture de la station, en attendant l'installation d'un explosimètre automatique.
Il restait le problème du puits dans la cave de la station qui, même nettoyé tous les jours par une société spécialisée dans le traitement des déchets d'hydrocarbures, continuait de laisser apparaître des hydrocarbures à sa surface. La question s'est posée : que faire de ce puits ?
On pompait, on pompait, c'était devenu la station des SHADOKS !
Bétonner le puits comme avait fait le voisin en supprimant le danger comme en mettant un bouchon sur une bouteille - terme employé à l'époque ?

De ma longue carrière, tant au Réseau qu'à la Logistique, je n'ai jamais vu TOTALFINAELF "cacher la poussière sous le tapis".
La décision fût prise d'aménager le fond du puits en créant une pyramide inversée, ce qui permettait en le vidant de concentrer les hydrocarbures surnageants.
Et c'est le gérant qui cette fois-ci a été chargé de vider le puits, tous les jours, au moyen d'une installation de pompage reliée à un gros réservoir servant de décanteur et installé, dans le jardin, derrière la station, sur les berges de la Marne. Zone sensible s'il en était.

Les contrôles consistaient à suivre les pompages avec le chef des SHADOKS – pardon, le gérant – et purger le réservoir décanteur en envoyant l'eau dans le séparateur d'hydrocarbures de la station. Ce qui fait qu'en quelques mois, il n'y avait plus d'eau à purger et qu'il ne restait plus que quelque 3000 litres d'hydrocarbures qui sont partis à la destruction.
Mais quels hydrocarbures ?
L'analyse d'un échantillon par le laboratoire de la Raffinerie n'a pas manqué de créer une vraie surprise réservée pour la fin de notre histoire.

Au cours des longues journées passées à suivre la mise en sécurité et les contrôles, j'ai pu écouter certaines rumeurs circulant à Saint-Dizier, au sujet de la présence d'hydrocarbures dans le sous sol.
La municipalité était bien au fait du phénomène qui se reproduisait, par période, dans les caves, le long de la RN 4, dans sa traversée de Saint-Dizier. Des plaintes avaient été relevées.

A une époque, des recherches avaient incriminé – sans résultat semble-t-il – l'usine à gaz en amont de la Marne et de notre station.
A une centaine de mètres de la station, en direction du canal – encore un élément décisif dans la compréhension du phénomène – dans une zone de pavillons de banlieue, un propriétaire se servait de l'eau de son puits pour faire la lessive. Et pourquoi pas ?
Episodiquement, son puits était pollué par des hydrocarbures.
Il s'en était plaint à la mairie et un conseiller municipal lui avait rendu visite.
Pour lui faire comprendre son souci, il avait soutiré un seau de l'eau du puits, l'avait jeté dans son allée aux pieds du représentant de la mairie et y a mis le feu. L'édile se serait sauvé en courant.

Toujours la rumeur ! Et ce n'était pas la première fois que ce phénomène se produisait.

Alors pour se débarrasser de la pollution de son puits, le propriétaire avait l'habitude d'y jeter de la paille enflammée et… WOUFF ! Il était tranquille pour un temps, il pouvait reprendre ses lessives à l'eau du puits.

Une autre rumeur – non vérifiable – courrait aussi. Sur l'aérodrome stratégique de Saint-Dizier tout proche, pendant la dernière guerre, les Allemands d'abord, le Américains ensuite disposaient de gros stockages d'essence avion. Et pour les Américains au moins (les autres étant plus chiches) il se disait qu'ils remplissaient leurs cuves, un peu comme en enfer, le tonneau des Danaïdes ? Allez vérifier !

Rumeur encore – et allez empêcher les Entreprises avec lesquelles tout le monde travaille, d'aller colporter des rumeurs ?

Sur la belle station à la fourche entre le contournement de Saint-Dizier et la RN 4 qui traverse cette ville, suite à des remontées d'hydrocarbures, un réservoir de supercarburant suspecté de fuite, aurait été remplacé avec bien des difficultés, présence d'hydrocarbures dans la fouille. Remplacement en pure perte car la rumeur disait qu'il était étanche et donc non responsable de la présence de ces hydrocarbures.

En ce qui me concerne, n'étant expert en rien sauf à écouter ceux qui savent, je me suis fait mon idée sur ce phénomène.
Une poche d'hydrocarbures était bloquée, sur la nappe phréatique, sous un dôme géologique et ces hydrocarbures s'échappaient quand le niveau de cette dernière baissait – sécheresse de 1976 et coïncidence en cas de chômage (mise à sec) du canal de la Marne au Rhin qui probablement alimentait cette nappe vicieuse.

Quant au résultat d'analyse par le laboratoire de la Raffinerie, experte dans son domaine, il était sans appel : SUPER de type AVIATION, dégradé par un long séjour dans le sol.
Ca ne s'invente pas et, que je sache, nous n'avons jamais stocké de carburant aviation sur les stations routières. Ou alors …?

Au bout de quelques années, les SHADOKS, fatigués, ont arrêté de pomper et la sagesse a commandé de reboucher le puits.

                                                                       Toulouse le 4 mars 2016
                                                                          Henri RANOCHA

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